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    Index du Forum » » La sûreté » » Vous vous y prenez comment pour sortir quelqu'un d'un site ?
    AuteurVous vous y prenez comment pour sortir quelqu'un d'un site ?
    marto
    15   

    marto
      Posté : 05-08-2019 14:09

    Bonjour à tous !

    J'ai une question pratique qui me pose problème. Je vais prendre un exemple concret : vous êtes en filtrage (inspection visuelle des sacs), le point d'inspection filtrage est situé à environ 2 ou 3 mètres de la première porte d'entrée, le public entre donc inévitablement sur le site avant d'être contrôlé. Un individu se présente et refuse le contrôle, vous lui expliquez gentiment que vous lui refusez l'accès s'il refuse le contrôle, mais ce dernier refuse de sortir et même de bouger tout simplement. Comment faire pour le faire sortir du site?

    J'ai un souvenir de formation qui disait d'accompagner (pousser gentiment) l'individu vers la sortie avec l'avant bras, paume de la main vers l'extérieur afin de ne pas montrer de signe d'agressivité. Est-ce légal?

    Second cas maintenant, si l'individu ne se contente pas de refuser de sortir mais décide carrément d'entrer sans votre accord, que faites-vous? Sommes-nous en droit de bloquer/repousser physiquement l'individu (sans excès bien entendu)?

    Je vous demande ça parce que j'ai plusieurs fois été confronté à des individus qui me disaient simplement "je rentre sans votre consentement je m'en fous", individus que j'ai bloqué physiquement et qui se sont désengagés rapidement, il n'y a donc eu de problèmes pour personne mais je garde toujours en tête la possibilité d'une escalade du conflit suite à une réponse physique de ma part. En même temps je me dis que la Police ne va sûrement pas se déplacer pour ça, et que le temps qu'ils arrivent l'individu aura déjà eu le temps de faire ce qu'il a à faire et de repartir (j'ai beaucoup de respect pour nos FDO, mais des interventions au bout d'une heure alors que je signalais une agression sur ma personne pendant mon service j'en ai vu ).

    Merci à tous et bon courage dans vos missions

    Message édité par : marto / 05-08-2019 14:09


      Profil  
    JMVPREV
    151     
     Membre d'honneur

    JMVPREV
      Posté : 06-08-2019 21:14

    Bonjour Marto,

    Pour la sécurité juridique, surtout celle de l'agent, il est préférable de prévenir le responsable de la sécurité et de faire appel à la police si un individu refuse de quitter les lieux où outrepasse l'interdiction d'entrer.

    L'usage de la coercition pour reconduire un visiteur hors du site relève, à mon avis, de la sécurité de papa, le bon vieux temps où un chef de sûreté criait avec professionnalisme :" Fichez moi ça dehors ! " .

    Personnellement, je proscris l'usage de la coercition ou de la contrainte en dehors de l'appréhension ou de la légitime défense pour se protéger d'une personne dangereuse pour elle même ou autrui.
    Le travail de la sécurité privée cesse là où débute celui de la police.

    Cordialement

      Profil  E-mail  
    marto
    15   

    marto
      Posté : 12-08-2019 08:28

    Bonjour JMPREV,

    Merci encore d'avoir pris le temps de me répondre. Effectivement il peut être délicat d'entamer un contact physique avec un individu, mais je me dis que notre rôle lors d'un filtrage à l'entrée d'un site est quand même bien d'empêcher des intrusions éventuelles. Je me vois mal appeler la Police et leur dire "un individu est entré sans que je ne fasse rien, il m'a juste dit qu'il entrait et j'ai dit d'accord"... En admettant que l'individu commette des agressions une fois entré, qu'il soit armé etc, le rôle de l'agent en filtrage n'aura pas été joué correctement puisque rien n'aura empêché une personne dangereuse d'entrer.

    Selon moi la technique de l'avant bras retourné reste encore acceptable dans la mesure où l'individu reste libre des ses mouvements, il peut s'extraire aisément de cette "prise" et n'est pas menacé.

    Exemple concret : je travaille régulièrement pour une société de bateaux promenades (bateaux mouches). La société dispose de 3 pontons d'embarquements fermés par des chaînes, ils ne sont accessibles qu'au moment des embarquements. Très régulièrement, les touristes prennent l'initiative d'ouvrir les chaînes pour monter prendre des photos. Dans la plupart des cas il suffit de leur demander gentiment de quitter le ponton et ils s'en vont sans faire d'histoires. Une fois, une dame qui se faisait photographier par une de ses amies a refusé de partir quand je lui ai demandé : "prends vite la photo on s'en fout hihihi". Solution ? Je l'ai raccompagnée en dehors du ponton en la guidant avec mon bras, sans agressivité. Je n'allais tout de même pas appeler la Police ?.Mais je n'allais pas non plus laisser toute liberté à cette femme ?

    Autre exemple, à l'entrée d'un petit stade de commune pour un match amical, nous étions en charge du filtrage (inspection visuelle des bagages uniquement). Un individu refuse le contrôle, hausse le ton et décide d'entrer (à ce moment là c'est un de mes collègues qui s'en s'occupe) : l'agent a repoussé l'individu qui lui fonçait dessus en lui demandant de rester à distance et qu'il ne pourrait pas entrer. L'individu a insisté oralement mais a finalement abandonné. Qu'aurait dû faire mon collègue? S'écarter et laisser le champ libre à l'individu avant d'appeler les gendarmes en leur disant qu'on a volontairement laissé entrer quelqu'un qui n'en avait pas le droit?

    Si un agent génère un trou dans le dispositif de filtrage alors il en sera responsable et j'ai fort à parier que la Police n'interviendra pas. Vous ouvrez votre porte à quelqu'un, vous en êtes responsable...

    Mais je conçois que cela puisse présenter des risques. Le fait d'avoir la main retournée permet de contrer les accusations de violences ("l'agent m'a agrippé, m'a tiré...").

    Bien cordialement



      Profil  
    JMVPREV
    151     
     Membre d'honneur

    JMVPREV
      Posté : 12-08-2019 19:40

    Bonjour Marto,

    Les réponses que vous apportez aux exemples décrits sont réfléchies et adaptées.

    Personnellement, je rappelle toujours ce qui a été à l'origine de la loi du 12 juillet 1983: des agents de sécurité qui tabassent à mort un clochard qui ne voulait pas quitter le forum des Halles.

    Maîtriser une personne en se contentant de la bloquer pour empêcher l'intrusion, appeler la police si on ne peut la raisonner, d'accord, mais au-delà (hors légitime défense), on sort du cadre légal.

    Pour le reste, je considère que l'agent de sécurité, dûment formé, devrait avoir un statut de police privée dans les limites des lieux dont il a la surveillance ; devrait pouvoir verbaliser les personnes en cas d'outrage et son agression être punie des mêmes peines que celle d'un policier.

    Ils seraient enfin respectés par la population, par nos journalistes qui les dénomment encore des " vigiles " ou des " videurs " pour les agents en discothèques.

    Ce peu de pouvoir ajouté au manque de reconnaissance, rend ce métier difficile qui, de surcroît, devient dangereux avec le simple pouvoir du sergent de ville, image d'Épinal de l'article 73 du CPP.

    Je suis d'accord avec vous : il y a trop de flou juridique, d'ou la prudence du juriste qui doit veiller en arrière plan.

    Bien cordialement

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    marto
    15   

    marto
      Posté : 13-08-2019 12:53

    Bien entendu il est essentiel de rappeler les limites de l'intervention dont je fais mention ici. Il ne s'agit pas d'entraver l'individu, de le plaquer au sol ou contre un mur, mais d'opposer une première résistance physique dans le respect de notre CJO (Cadre juridique et opérationnel) et en fonction de soi : avec mes 1.84m / 70kg je me verrais mal contrer un colosse de 2m qui est bien décidé à entrer

    Pour ce qui est des pouvoirs de Police privée je vous rejoins entièrement. Il devrait y avoir une formation de base, par exemple le CQP actuel, complété éventuellement de formations supplémentaires permettant l'accès à des missions de maintien de l'ordre privé, à des responsabilités juridiques plus importantes... J'imagine que c'est ce qu'envisage de faire l'Etat avec les nouveaux ASR (Agent de sécurité renforcée), qui devraient pouvoir être armés selon la dangerosité établie de leurs missions.

    Pour ce qui est de l'armement, même si je ne suis pas pour que certains agents disposent légalement d'une arme même de catégorie D, je suis pour qu'on nous permette de mieux nous protéger. Le port du gilet balistique ou pare-lames est quasi inexistant dans la profession. En formation on m'a même dit que le port du gilet balistique était strictement interdit, ce gilet étant considéré comme un élément d'arme... Je trouve cela aberrant.

    Le 12 décembre dernier, un homme a ouvert le feu en plein marché de Noël à Strasbourg. Je n'étais pas en service ce soir là (je travaille pour la société qui était en charge de la sécurisation de l'événement), j'ai été libéré une heure avant les faits. Mais j'avais des collègues qui étaient sur place, démunis face à une menace que certains découvraient pour la première fois. Le lendemain de l'attaque, alors que le tireur présumé était toujours en fuite, j'ai été appelé en renfort sur l'un des ponts permettant l'accès au Marché de Noël, nous continuions le filtrage. Je n'ai jamais ressenti autant de pression de toute ma vie. Le moindre regard trop insistant, la moindre démarche hâtive, la moindre forme sous une veste, dans un sac, faisait naître en moi un sentiment de terreur. Et si le type qui a ôté la vie à 5 personnes la veille venait ici et se mettait à tirer? Je suis là, nu sous mon blouson, avec ma paire de gants et ma lampe torche, à tenter de filtrer le plus de monde possible alors même que la menace vient de monter d'un cran. Pourquoi est-ce qu'on ne laisse pas la place aux CRS sur-équipés qui se trouvent derrière moi? Eux qui pensent que ces contrôles de sacs sont "infructueux"...

    S'ils veulent nous confronter à des problématiques de sûreté, aussi bien de le cadre privé que sur la voie publique (j'exerce énormément sur VP en événementiel), alors qu'ils nous y préparent. Nous manquons de formation, de moyens techniques, de reconnaissance et de possibilités. Même le peu de libertés qu'on nous laisse sont balayées par des collègues et des responsables déconnectés : un agent trop bien équipé (mais dans la légalité) sera traité de "Mac Gyver", un agent correctement formé et à l'attitude trop carrée sera traité de "flic raté"... Il est temps de faire évoluer la situation, et pas seulement au travers des textes des préfets.

    Pour autant, le métier évolue et j'ai bon espoir pour que le vent tourne en notre faveur

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    JMVPREV
    151     
     Membre d'honneur

    JMVPREV
      Posté : 13-08-2019 21:58

    Ce que vous avez vécu donne à réfléchir : on est loin du désamorçage de conflit avec les stupides cours théâtraux du CQP-APS, qui font penser à l'atmosphère d'un établissement psychiatrique, lorsqu'on les entend d'une salle de formation contiguë.

    Tout est à revoir : formation, statut, rémunération et développement de carrière. À l'entrée d'une manifestation événementielle, on pose de belles cibles identifiées et non armées, susceptibles de se faire hacher au fusil d'assaut pour un SMIC amélioré.

    Il faut être courageux pour exercer ce métier aujourd'hui car on y risque sa vie plus encore que les convoyeurs qui sont mieux protégés par les aménagements techniques des dispositifs de transfert de fonds. Les organisations criminelles savent que les agents sont armés et que celui qui attend dans le fourgon a une arme d'épaule. Même s'il reste en faveur des bandits, il existe au moins un rapport de force.

    Je fais les mêmes vœux que vous et vous souhaite bon courage.

    Bien cordialement


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